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Je te retrouve, comme avant.

Il a réapparu. Au moment où. Où quoi? Il était juste là, nous avons parlé. Et j'ai ri. Et ça faisait du bien. Vraiment.

Il est revenu. Je l'ai vu. Avec mes yeux. Je l'ai touché. Je lui ai parlé. Cela faisait si longtemps. Si longtemps. J'en avais presque oublié son existence. Egoïstement, prise dans mes problèmes, dans mes méandres lamartiniens, sentimentaux, j'ai failli écrire "sentimaux", "senti-maux".

Je l'ai vu. David.
Je ne m'y attendais pas du tout.

Ce matin. Paris sous la grisaille ensoleillée, contradictoire mais pas contrariante, j'aime bien ce temps entre deux, j'ai comme un petit avant-goût d'autre part qui se dépose sur ma langue.
A quelques mètres de moi, le bus me file sous le nez, à toute berzingue, vers l'arrêt. Je cours, mes jambes à mon cou, en agitant mes bras dans tous les sens, espérant (vaguement) qu'il va me remarquer. Je vais réviser à la fac pour le partiel de cet après-midi, même si je le maîtrise plutôt bien, c’est de la sur-révision, mais peu importe, allez, je me sens d’humeur studieuse.

Le chauffeur, dans sa bonté magnanime, m’ouvre les portes en grommelant. Le bus
 est bondé, j'ai quelques dizaines de centimètres pour me tasser un peu. Hm, la chaleur humaine, c'est formidable... Au moment où le bus va refermer ses portes, un jeune homme s'engouffre entre les deux portes, et s'excuse en riant de son intrusion subite auprès du chauffeur : "Mille excuses, monseigneur!", dit-il au conducteur qui ronchonne.
Je ris un peu, farfouille dans mon sac pour trouver un ticket, que je ne trouve pas, alors, je cherche, je cherche.

Puis je sens comme une présence. Un regard dans ma nuque. Quelque chose que je n'ai pas pensé, mais qui m'a fait relever immédiatement la tête, et me retourner (dans le mince espace de survie qui me restait).

Et je croise des yeux bleus-gris que je ne connais que trop bien.
Les sourcils blond cendré, le front haut, les cheveux qui semblent toujours en mouvement, châtains clairs. La petite fossette du sourire à droite de la bouche, le nez aquilin, les tempes dégagées et le menton volontaire. Les traits fins, mais pas graciles.
C'est bien lui.

"Tu feins de chercher dans ton sac pour ne pas me voir?" me dit-il avec un petit air mutin.
Je n'arrive pas à réaliser. "David? C'est toi?" Seule cette question absolument stupide me sort des lèvres, tant je suis étonnée de le voir. Et surtout de le voir ainsi.
Il est grand, il est rayonnant. Il a cet air détendu, serein. Epanoui. Ce n'est plus le fantôme étrange, au facies creux et aux traits tirés que j'avais vu pour la dernière fois il y a plusieurs mois. Et puis, il a cette expression amusée au fond des yeux. Cette petite lueur de gaité complice, ce je-ne-sais-quoi qui me rassure tout de suite. Il va bien.

Et nous voilà tous les deux dans ce bus, à nous contempler, comme les deux anciens amants que nous sommes, et qui se retrouvent après une longue séparation, contents de la présence de l'autre, et surtout, content de constater que l'autre va très bien sans nous. Que la vie poursuit son chemin, d'une façon si belle.

Après quelques mots hésitants, les questions fusent. Et c'est comme si nous nous étions quittés hier, pour la complicité qui nous retrouvons. Bien que du point de vue du contenu, c'est comme si des années s'étaient écoulées. Des milliers de questions à poser, des centaines de choses à raconter. Et ta fac de lettres, les partiels, ta mère, comment va-t-elle, je me suis mis au sax, toi, toujours avec Hugo, je vais peut-être passer l'été dans une organisation humanitaire, cette fille, tu t'es remis avec, je vais mieux, oui, ta déprime est finie, tes amis, la vie...?

D'arrêt en arrêt, nous arrivons à la Seine, et descendons. On marche un peu, cherchons un café, nous perdons un peu, et puis en trouvons un chouette, avec terrasse, et vu sur la foule colorée qui passe autour de nous.
Je suis si contente de le retrouver à présent ; sa présence me fait du bien. On se raconte nos bouts de chemins, moi, mon histoire avec Hugo, lui, sa rencontre avec une fille, dont il tombé amoureux, peu à peu, avec lequel il construit quelque chose de solide, de bien. Il a réussi à tirer un trait sur notre histoire, à ne plus s'accrocher à des bribes de temps passé, et persévérer pour remonter la pente. Il m'en avait un peu voulu de ne plus lui avoir faire de signe, il m'en avait voulu pour mon silence-radio, mais a finalement compris que j'en avais trop besoin, pour me reconstruire, aussi. Il avait compris son égoïsme, la douleur qu'il m'avait infligée, à moi aussi. Alors, il décidé de se prendre, et de repartir à nouveau. Pour du neuf, du beau, pour une reconstruction sereine. De nouvelles bases.

De fil en aiguille, j'en viens à lui confier mes doutes sur ma relation avec Hugo, mon déchirement entre lui et Eloi, tout ce qui me hante en ce moment.
Attentif, il m'écoute. Il comprend, il traduit mes émotions, il pose des questions, analyse quelques fois, m'interroge, s'interroge lui-même, écoute, écoute beaucoup. Chacune des ses remarques est juste. Il ne s'aventure pas trop, ne connaissant pas suffisamment les principaux intéressés. Mais ses mots m'apaisent. Ils me suggèrent doucement des chemins à emprunter peut-être. Sans dire oui ou non. Il écoute. Il est là.
J'avais oublié à quel point il est agréable de parler avec lui. A quel point David est altruiste, lorsqu'il va bien, lorsqu'il est normal, lorsqu'il est lui-même. Il a passé le cap de souffrance auquel il était confronté, il est à nouveau David. Le David que j'ai connu, que j'ai aimé. Que j'apprécie acutellement.
Nous retrouvons avec un plaisir partagé notre complicité "d'avant".

Il me suggère de prendre du recul. De faire le point. De trouver tous les bons points et les défauts chez l'un et l'autre. D'anticiper. De peser avant de sauter le pas. De me rappeler ce que j'ai ressenti (et ressens encore, même si c'est peut-être moindre) pour Hugo, au début de notre relation, et de le comparer aux sentiments neufs pour Eloi. De réfléchir. L'attrait du nouveau et l'ennui de l'ancien, ou le moment venu que quelque chose qui fut bien trouve une jolie fin, pour démarrer quelque chose de plus vivifiant, plus porteur, avec un autre? Il faut que je trouve mes termes, me dit-il. Pour savoir. Pas forcément tout de suite.
Que je profite de cette semaine d'absence d'Hugo pour réfléchir. Vraiment. Ne pas regretter plus tard. Sonder les terrains d'un côté et de l'autre. Pour ne pas avancer trop vite.

Il m'écoute, simplement. Sans jalousie aucune, lorsque j'évoque les sentiments forts qui m'animent pour l'un et l'autre.

Alors, moi aussi, je prends plaisir à entendre le récit de son histoire avec cette fille qu'il aime, progressivement, avec laquelle il est depuis trois mois, et qui l'aime de même. Cette fille qui l'a aidé à se reconstruire, pour devenir tel qu'il est aujourd'hui, pour se retrouver.
Je suis heureuse de le voir heureux.  Ses traits détendus. Il est à nouveau désirable. Je me sens véritablement débordante d'affection pour lui, de tendresse simple. Envie de le voir continuer dans cette voie du bonheur.

Le temps passe, la matinée avance. Deux jus de tomate et un de pamplemousse pour moi, deux cafés pour lui. Il a toujours été plus raisonnable financièrement que moi...

Alors, lorsque ma montre indique 13h, et que je vois qu'il est temps d'aller à mon partiel, nous nous levons, à regret. Envie de parler encore, pour partager le temps ensemble, à cette table de café.


On marche un peu, le sourire léger aux lèvres. J'ai un peu froid, il me frotte les épaules vigoureusement pour me réchauffer, on rit. Tout est si simple.

J'ai envie de lui dire comme je suis heureuse de le voir si rayonnant. Timide, je n'ose pas.
Alors, c'est juste avant de se séparer devant la bouche de métro, que je murmure en souriant : "J'ai été vraiment contente de te voir. Tu es beau à regarder, tu es solaire, tout sourire. Ca me fait chaud au coeur, tu ne peux pas savoir à quel point. Vraiment."
Il me regarde, et son regard est empreint d'une tendresse chaude, d'une amitié, dans le vrai sens du terme, affection profonde.
"Je suis content, Viva. Content de t'avoir vue, content de voir que, même si tu as un peu de mal en ce moment, tu as toujours continué droit devant toi, tu te défends de mentir, que tu as réussi ta fac, que tu aimes d'une façon toujours aussi belle et sincère. Tu es telle que je t'avais laissé, droite, si franche. Et toujours aussi jolie, pétillante."
On se sourit, c'est si évident. Pas de séduction, pas de relation ambigue, les mots que nous nous disons sont des constations émues, des ressentis forts, que nous nous disons, poussés par l'envie de dire, tout simplement. Juste parce que la chaleur que l'autre a propagé en nous, nous a transmis une bonne humeur agréable, qui fait du bien, comme une respiration, un bol d'air.

Alors, je l'embrasse tout doucement sur la joue. Et il me rend un baiser tout aussi doux, et me serre dans ses bras.

Un dernier regard, qu'on garde avec soi dans la poche, pour la route, et puis chacun s'en retourne de son côté.

Bye bye, see you later.
On s'est promis de se revoir bientôt.
Parce que.

J'emporte avec moi son sourire rassurant, et l'idée qu'il va mieux me fait du bien, beaucoup de bien. Un fantôme de moins dans mon monde, un sourire lié à mes yeux de plus.

David.





Ecrit par Viva, le Mardi 7 Juin 2005, 18:22 dans la rubrique Actualités.

Commentaires :

Krystal
Krystal
07-06-05 à 19:06

Tu devrais proposer un sénario à un bon metteur en scène... ^^
Ta vie c'est un film... en tous cas ça y ressemble...
J'espère sincèrement que ce sera une Happy End...
...Dans les films ça parait gnan gnan... mais dans la "vraie vie"... c'est tout ce qu'il y a de plus romantique... et de moins sûr aussi...
Mais c'est peut-être ça, "n'être sûr de rien", qui intensifie à ce point notre recherche, si aléatoire, du Bonheur ? 

Oulà...je m'embarque dans de la philo... les révisions me montent à la tête on dirait !! 

Bon courage pour tes partiels...
Bonne chance avec tes deux... "morceaux de coeur"...

Bises...

 
Viva
Viva
15-06-05 à 21:39

Re:

Il m'a fait sourire, ton commentaire...
C'est vrai que parfois, en l'écrivant, j'ai comme l'impression de vivre encore du rêve. Mais ce ne sont que des 'morceaux choisis'... Tous les petits moments du quotidien, d'ennui, d'ordinaire, n'y sont pas, enfin, si, mais non. Bref, je me comprends ;)

Oui, d'une certaine façon tu as raison. Si nous étions sûrs de tout, il n'y aurait plus d'attente, d'espérance, de patience et d'impatience, de recherche, d'impulsivité, de toutes ces choses, tous ces petits riens qui font ces instants si précieux. L'aléatoire est un peu la clef du Bonheur, oui, c'est ça.

Alors, ce bac? :)
Bizz à toi!